Pourquoi j’ai créé Maison DEBUT : mon témoignage de mannequin

J’ai créé Maison DEBUT pour raconter ce que les images ne montrent pas : les débuts, les doutes, les rencontres et les détours qui construisent un parcours dans les métiers de l’image.

Crédits : photographie — Patryck LeBrun· Coiffure — Laurent Athias · Shooting organisé par l’agence Enjoy Models.

J’ai créé Maison DEBUT parce que les images montrent rarement tout ce qu’il a fallu traverser pour les produire. Elles ne racontent pas l’attente avant un casting, les refus que l’on ne comprend pas, les rencontres qui redonnent confiance ni les détours qui changent finalement un parcours.

Avant de créer ce média consacré aux métiers de l’image, j’ai moi-même évolué dans le mannequinat. J’ai signé en agence et participé à différents projets, avec plusieurs périodes d’arrêt. Ce parcours fait d’essais, de reprises et de rencontres m’a appris à regarder autrement ce qui se cache derrière une photographie.

C’est cette histoire qui a progressivement fait naître Maison DEBUT. L’idée ne s’est pas imposée d’un seul coup : elle s’est construite au fil de mon parcours et de mes échanges avec d’autres professionnels de l’image. Peu à peu, j’ai compris que je ne voulais pas seulement montrer leur travail, mais leur laisser le temps de raconter ce qu’ils avaient réellement vécu.

L’envie de raconter ce que les images ne montrent pas

Portrait rapproché de Marine Debut lors de son premier shooting de mannequinat

L’idée de Maison DEBUT a pris une forme concrète pendant ma reprise d’études en marketing digital et web analytics, mais l’envie était plus ancienne. Il y a deux ans, j’ai participé pendant plusieurs mois à des directs Instagram avec des mannequins, des photographes et d’autres professionnels. Ce que j’aimais le plus, c’était le moment où la personne oubliait un peu la caméra et commençait à raconter ce qu’elle avait réellement vécu.

J’ai pourtant fini par arrêter ces directs. Certaines affirmations entendues me semblaient fausses ou impossibles à vérifier, et la manière de faire ne me ressemblait plus. Je n’avais pas perdu l’envie d’écouter les parcours ; j’avais surtout compris que je voulais créer un cadre dont je pourrais garantir le ton, le respect et la cohérence.

Ma reprise d’études m’a ensuite apporté la stratégie éditoriale, le référencement naturel et une meilleure compréhension de la visibilité en ligne. Mon parcours m’avait déjà montré le rôle d’Instagram, d’un book en ligne ou d’une image bien choisie. Peu à peu, mon expérience personnelle de l’image et ce que j’apprenais pendant mes études ont commencé à se rejoindre.

Maison DEBUT n’est donc ni une agence de mannequins ni une école. C’est un média d’interviews et de récits où une personne peut expliquer comment elle a commencé, ce qu’elle a aimé et ce qu’elle comprend différemment aujourd’hui. Pour saisir pourquoi cette façon de raconter compte autant pour moi, il faut revenir à l’adolescente qui cherchait surtout à ne pas se faire remarquer.

Grande mais sans me sentir à ma place

Le mannequinat n’était pas un rêve d’enfant. À 13 ans, je mesurais déjà autour d’1,76 m. Comme je déménageais beaucoup, j’ai connu plusieurs rentrées dans de nouveaux établissements et il arrivait que l’on me prenne pour une professeure. Puis je m’asseyais avec les autres élèves et certains réalisaient leur erreur. Toute mon adolescence, les mêmes recommandations revenaient : mannequinat, basket ou volley. Dès qu’une fille est grande, on lui imagine vite un destin.

Moi, je ne me trouvais pas particulièrement belle et je vivais mal ma taille. Entre 10 et 15 ans, on m’a appelée la girafe, le géant vert ou le World Trade Center. Je ne portais que des chaussures très plates et j’essayais presque de prendre le moins de place possible. Je peux en parler avec davantage de recul aujourd’hui, mais à l’époque je n’en riais pas.

À cet âge, je cherchais surtout à ne pas me faire remarquer. Pourtant, c’est aussi à 13 ans que j’ai eu mon premier contact concret avec le mannequinat.

Marine Debut lors de son premier shooting en extérieur de mannequinat

Mon premier casting à 13 ans et un appel que je n’attendais plus

À 13 ans, mon premier open casting devait permettre de devenir le nouveau visage de Jennyfer. Ma mère m’accompagnait. Nous avons attendu longtemps au milieu de filles que je trouvais toutes magnifiques, beaucoup plus préparées, plus à l’aise et plus fines que moi. Je n’avais ni book ni expérience. On m’a regardée, on m’a posé quelques questions, puis je suis repartie sans jamais être rappelée.

J’ai été déçue et j’ai laissé tomber pendant plusieurs années. Lorsque les gens continuaient à me demander pourquoi je ne faisais pas de mannequinat, la réponse me semblait évidente : parce que ce n’était sûrement pas pour moi.

Plus tard, peu avant mes 18 ans, une personne liée au comité Miss France m’a abordée dans la rue pour me proposer de tenter l’élection de Miss Bretagne. Je ne l’ai pas fait. Malgré cela, cette rencontre a déplacé quelque chose dans mon regard. Pour la première fois, une personne extérieure ne me disait pas seulement que j’étais grande : elle me proposait un concours national reconnu. Je me suis demandé si les autres ne me voyaient pas autrement que je me voyais.

Ce moment n’a pas effacé mon manque de confiance, mais il a laissé une petite ouverture. Plusieurs années après mon premier casting, j’ai commencé à envisager plus sérieusement de retenter ma chance dans le mannequinat.

Vers 22 ans, après avoir commencé le sport et retrouvé un peu d’assurance, j’ai décidé d’essayer à nouveau. Je vivais alors à Marseille. J’ai rempli le formulaire disponible sur le site officiel d’une agence française avec quelques polas très simples, mes mensurations et les renseignements demandés. Je portais des vêtements sobres près du corps, sans maquillage, avec les cheveux détachés puis attachés. Je n’avais ni book professionnel ni expérience à mettre en avant.

Un mois est passé, puis deux, puis trois. Au bout d’environ dix mois, l’agence m’a finalement contactée. J’avais presque oublié cette candidature. J’ai été reçue, de nouveaux polas ont été réalisés et j’ai signé. Mais plus que la signature, ce sont les premières équipes bienveillantes qui ont changé mon regard sur moi.

Marine Debut regardant sur le côté lors de son premier shooting de mannequinat

Des images qui m’ont peu à peu redonné confiance

Avant les séances organisées par mon agence, une agence en ligne m’avait envoyée faire un shooting extérieur. Je débutais complètement et j’espérais être accompagnée ; le photographe a surtout été décourageant. Je suis repartie persuadée que je n’étais pas faite pour cela.

Les séances réalisées ensuite avec l’agence que j’avais rejointe, en studio puis en extérieur, ont été l’exact opposé. Les équipes étaient humaines, patientes et pédagogues. Quand on me guidait, je finissais par me lâcher. Devant l’objectif, je pouvais incarner une autre personne et m’autoriser une assurance que je n’avais pas dans la vie quotidienne. Puis je découvrais le résultat en me disant : « Purée, c’est moi qui ai fait cette photo. » Avec toute une équipe, bien sûr, mais c’était bien mon visage et mon corps. Le mannequinat a alors commencé à réparer quelque chose dans le regard que je portais sur moi.

Il est important pour moi de présenter la suite exactement comme je l’ai vécue. Peu après ma signature, mon agence m’a obtenu une mission d’hôtesse-mannequin bien rémunérée pour une grande marque. La mission était originale, j’ai distribué des roses rouges à des clients privilégiés, vêtue d’un tailleur blanc. Je ne m’attendais pas à ce genre de contrat, mais j’en garde un bon souvenir. Il s’agissait du seul contrat obtenu par l’intermédiaire de cette agence.

Les autres projets se sont principalement construits en dehors de cette agence : shootings, défilés, coiffure, robes de mariée, créateurs locaux, campagne capillaire et quelques expériences de figuration. Instagram est devenu mon principal outil de visibilité. Les prestataires me contactaient après avoir vu mes images et mon book en ligne figurait dans ma bio. Sans l’avoir pensé comme une stratégie, mes publications orientaient déjà les propositions reçues.

Ces projets m’ont laissé de beaux souvenirs, mais ils m’ont aussi appris que le résultat final ne raconte jamais toute la journée, surtout lorsqu’il faut transformer une apparence ou adapter un vêtement qui n’a pas été conçu pour soi.

Portrait de Marine Debut à la lumière du soleil lors de son premier shooting de mannequinat

Un parcours fait de projets, mais aussi de pauses

Parmi les expériences qui m’ont marquée, il y a par exemple une campagne pour une collection capillaire de Raphaël Perrier, avec un déplacement et une vraie vie de groupe sur plusieurs jours. Mes cheveux ont été coupés très courts. Sur l’image finale, on ne voyait plus le trajet, la préparation, les essais, la fatigue ni tout le travail de l’équipe. C’est précisément ce décalage qui m’intéresse aujourd’hui.

Les robes de mariée ont aussi occupé une place importante. On m’a souvent dit qu’avec ma taille elles seraient magnifiques, et c’était vrai sur les photos. Dans la réalité, beaucoup étaient trop courtes pour mes jambes. Selon les projets, il fallait cadrer sans montrer mes pieds ou défiler pieds nus pour que la longueur fonctionne. Derrière une image qui semblait évidente se cachait parfois toute une série d’ajustements.

Mon parcours a également connu plusieurs arrêts. Après mon premier casting, j’avais déjà laissé tomber pendant des années. Plus tard, ma grossesse puis la réalité d’une mère qui élève seule son enfant ont rendu les déplacements et la disponibilité beaucoup plus compliqués. Beaucoup de castings importants se trouvaient à Paris : il fallait financer le trajet, organiser la garde de mon fils et parfois pouvoir partir au dernier moment, sans aucune certitude d’être retenue.

J’ai tenté un retour plus sérieux autour de 30 ans. Puis l’endométriose, des malaises et une péricardite m’ont obligée à interrompre presque toute activité pendant près de deux ans. C’est pour cela que je ne me présente pas comme une « ancienne mannequin », sans pour autant effacer ce que j’ai déjà fait ni les projets que j’aimerais reprendre à l’avenir. La formulation qui me correspond le mieux est simple : j’ai évolué timidement dans le mannequinat, signé en agence et participé à différents projets sur plusieurs périodes de ma vie.

Ce parcours n’a rien d’une ligne droite, mais il m’a donné envie de m’intéresser aux détours des autres. En réunissant mon expérience de l’image, de la visibilité et les outils de mes études, le projet Maison DEBUT a fini par s’imposer comme une évidence.

Maison DEBUT : transformer mon nom en nouveau départ

Portrait de Marine Debut à la contre-jour lors de son premier shooting de mannequinat

J’ai longtemps cherché le nom du média. Beaucoup étaient déjà pris et aucun ne réunissait le côté professionnel et humain que je voulais. « Maison » m’évoque une maison d’édition et un endroit où l’on vient comme on est. « DEBUT » est mon nom de famille, mais il renvoie aussi au commencement de chaque parcours.

Le nom s’écrit Maison DEBUT, sans accent, et se prononce « Deu-bu », sans prononcer le t. Enfant, on me faisait souvent la blague du « début de la fin ». Aujourd’hui, je préfère en faire le début de quelque chose.

Les publications seront guidées par l’authenticité, l’écoute, le respect, la nuance, la bienveillance et le droit de ne pas répondre. Je ne prétends pas créer le seul média consacré aux métiers de l’image. Je veux proposer mon approche : une parole relue et respectée, des sujets parfois difficiles et la possibilité de raconter un parcours sans être réduit à une réussite, un échec ou une formule spectaculaire.

Le mannequinat sera naturellement très présent au début, parce que c’est le milieu dans lequel j’ai le plus de contacts. Mais une image ne se fabrique jamais seule. Maison DEBUT donnera aussi la parole aux photographes, coiffeurs, make-up artists, stylistes, comédiens, directeurs de casting, communicants, marques, agents et à toutes les personnes qui participent au résultat.

Ce premier article pose le point de départ. Les quatre suivants reviendront plus précisément sur mes débuts, la création de mon book mannequin, mon rapport à la taille et aux mensurations, puis sur un faux casting en ligne qui a changé ma manière de vérifier les annonces. Maison DEBUT commence par mon histoire, mais il n’a pas vocation à parler seulement de moi : il est né pour faire entendre toutes celles et ceux que les images ne suffisent pas à raconter.


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